Et même un peu au-delà… C’est-à-dire qu’on s’est sensiblement rapprochées de la maison cette fois, ça y est !
Et le tout en une poignée de jours, majoritairement grâce à l’efficacité inégalée des réseau de trains de l’ex-URSS.
C’est d’abord l’Ouzbékistan que l’on quitte pour 2 jours et demi de trajet, ou plutôt véritable odyssée à travers le désert ouzbeko-kazakh, à travers lequel le vieux modèle de train nous convoie bruyamment mais tranquillement.

On remonte ainsi tout l’Ouzbékistan direction plein Nord, passant la frontière kazakhe d’abord aux alentours de 2h du matin le premier soir (un plaisir, vraiment) avant de continuer à sinuer entre l’ancien bassin de la Mer d’Aral à l’Est et celui de la Caspienne a l’Ouest.

Les arrêts en gare sont peu nombreux du fait de la faible densité de population dans ces contrées méconnues, et pour cause : personne n’habite ici, à part les employés des nombreuses raffineries que l’on devine au loin. Et quelques sporadiques troupeaux de chameaux qui semblent avoir été placés là pour contenter notre soif d’exotisme et de découverte, et compenser un peu la morne vue qu’offre ce désert de pierres et de sel hérissé de cheminées crachant du noir au loin.

On est donc un peu sur le même thème que le Paris-Lille où l’on voit des éoliennes à chaque fois qu’on regarde pas la fenêtre, mais ici c’est plutôt la version pétrole et gaz. Je vous laisse deviner quelle version je préfère 🙂
Deuxième passage de frontière pour entrer ensuite en Russie depuis le Kazakhstan, et encore une fois on tire la carte « passage en pleine nuit » : nous aurons le plaisir de devoir nous justifier avec notre russe de base, à 1h du matin, au sujet du choix de nos moyens de transport, à savoir « pas d’avion », ce qui conjugué à notre visa « business », ne semblait pas DU TOUT convenir au douanier… m’enfin avec l’appui du chef de bord ouzbek qui nous avait pris en sympathie, on a quand même réussi à re-rentrer en Russie!
On débarque ainsi dans la ville qui a bien voulu nous accueillir avec les billets les moins chers que l’on a pu trouver pour arriver jusque là, il s’agit d’un terminus du train ouzbek en promenante de Tachkent, celle que l’on ne soupçonnait pas, j’ai nommé la ville de… Saratov !

Et alors oui, ça y est : débarquées ainsi en fin de matinée à Saratov, nous constatons avec joie que la remontée vers le Nord s’accompagne d’une merveilleuse surprise : cette immeeeeeeeeeense étendue d’eau qui s’écoule lentement vers la Caspienne est une véritable bénédiction pour nos esprits asséchés par ce passage de plusieurs jours dans le désert. La Volga s’étale ici dans les directions qui lui conviennent, c’est à dire partout. Elle est large de plusieurs kilomètres par endroits, entraînant avec elle un peu de fraîcheur et de vie pour enfin, enfin que l’on puisse profiter de quelques feuillus et de nombreux arbustes !
À la descente du train, le « choc » culturel se fait doucement ressentir. Oui oui, le choc culturel mais cette fois, celui d’un monde connu. Plus de bazars, plus de voitures bringuebalantes et de charrettes, des trottoirs et une chaussée assez correctement goudronnée, des avenues, des étudiants en manteau de feutre et des mamans avec des enfants en poussette, des parcs, des lampadaires ouvragés, de la musique en anglais, des fastfoods aux noms bien connus, mais aussi des cafés et des restaurants, un centre-ville piéton commerçant et un « promenoir » au bord du fleuve, des gens qui font leur footing et d’autres simplement qui se promènent… Pas de doute nous sommes revenues à la maison, et la vieille Europe nous a bien attendues !!

Nous revenons ainsi lentement dans un monde bien connu avec tous ses repères et son confort certain, ce qui procure une véritable sensation de repos dans la mesure où l’on ressent moins le besoin de réfléchir avant de prendre telle ou telle décision dans tel ou tel lieu à tout heure de la journée. Des trucs bêtes parfois hein mais quand même…
« Est ce qu’on paye à la caisse ou au serveur ? »
« Est ce que ça se fait de se moucher en public ici ? »
« Mais qu’est ce que c’est que ce truc, c’est salé ou sucré ? »
« Et le train, il faut imprimer le billet avant ou aller le chercher à la caisse de la gare ? »
« Il y aura de quoi retirer de l’argent en ville demain ? »
« Le centre-ville, il est bien au milieu de la ville en théorie non ?? »
« Tu crois qu’il y aura un truc à côté de la gare pour acheter à manger avant de monter dans le train ? »
Bref, toutes ces questions que l’on ne se pose plus… Et pourtant nous ne sommes encore qu’en Russie, où un tas de détails sont encore de nature à nous faire nous sentir « en voyage », à commencer par la langue… Mais tout de même…
Il est temps de remonter la Volga pour arriver ainsi à Kazan, capitale de la République du Tatarstan, sorte de région semi-autonome fédérée par la Russie, telle la Bouriatie ou l’Altaï russe, aux forts accents d’Asie Centrale.

On se pose une journée le temps de découvrir le Kremlin de Kazan sous un beau soleil d’octobre. La ville a connu un véritable essor touristique, ayant notamment accueilli des matchs de la coupe du monde de football que la France a eu le bon goût de remporter, ce qui nous permet ainsi d’obtenir une vague de sympathie et d’admiration totalement infondées à chaque fois que l’on répond que l’on est françaises aux gens de cette ville qui nous demandent d’où l’on vient.

Et oui, à Kazan et plus généralement dans les secteurs précédemment traversés, les mosquées cohabitent parfois de près avec les églises ! C’est le cas ici à Kazan où le gouvernement russe a financé la construction d’une magnifique mosquée bleue et blanche dans l’enceinte même du Kremlin de Kazan, qui se trouvait initialement occupé lui aussi par une mosquée, en fait, avant l’arrivée d’Ivan le Terrible (vous vous souvenez, le premier tsar de Russie en l’honneur de qui est construite Saint Basile à Moscou !).

Le temps de déguster quelques spécialités locales à Kazan, notamment de superbes chips de blés soufflées au miel (de la friture, encore de la friture <3) et de faire un tour dans un des derniers « bazars » que l’on croisera, puis nous montons à nouveau dans un train qui nous emmène en une nuit à Moscou.
Que dire de ces trains couchettes qui sont d’une efficacité et d’un confort absolument merveilleux… Non parce que est-ce que ce n’est pas la meilleur façon de voyager sur de longues distances que de fermer les yeux dans un lit avec oreiller et couette, et de se réveiller le lendemain une fois arrivé à destination ? Le tout avec toilettes propres disponibles et samovar pour toujours plus de thé ?? Oui, il semblerait que je sois définitivement conquise par ces merveilleux trains qui ont fait le pari du confort et de la lenteur tranquille pour une dizaine d’euros le trajet, plutôt que nos TGV qui tentent de contracter désespérément le temps entre nos grandes villes… Est ce qu’on ne serait pas mieux à dormir la nuit en train le temps de traverser notre pays du Nord au Sud ou de l’Est à l’Ouest tout en payant moins cher plutôt que d’être tous considérés comme des cadres surpayés capables de dépenser 90€ pour faire un Paris-Lyon en 2h entre 6 et 8h du matin, je vous le demande !!
Et que personne n’aille dire qu’il fait froid dans les trains russes la nuit cependant…

Et nous revoilà ainsi débarquées à Moscou sous un beau ciel d’automne qui a décidé de ne pas trop nous pleuvoir dessus. La boucle est bouclée depuis ce jour de juin où nous nous sommes embarquées dans le transsibérien depuis la gare en face de celle où nous arrivons depuis Kazan…
Un tour sur la Place Rouge s’impose bien sur, ainsi qu’une visite du mausolée de Lénine où le camarade, sévèrement surveillé par des soldats, est artificiellement maintenu dans un état de conservation, le tout en cercueil de verre sous lumière rouge. Ambiance plutôt lugubre qui donne vraiment envie de signer toutes les pétitions du monde pour enfin donner une vraie sépulture à ce cher Lénine, aux côtés de sa mère à Saint Pétersbourg, comme il l’aurait demandé de son vivant.
Nous nous mettrons en quête du marché brocante de poupées russes de Moscou, le très kitsch, inexplicable et récent Ismailov market, afin de chiner au milieu des promeneurs dans d’immenses allées en bois construites sens dessus dessous, au milieu des feuilles d’automne qui volent en tous sens.


On se met en quête ensuite d’une super adresse de restau géorgien, que l’on considère après 4 mois de vadrouille comme un excellent équivalent de nos restaus italiens mais version russe. Une touche de méditerranée dans l’assiette mais aussi un bon Khatchapuri (pâte à pizza + fromage <3) et quelques Kinkhalis (raviolis à la viande et aux épices- oui oui le nom à encore changé mais ça semble toujours être la même base !).
Et le train nous entraîne ensuite une dernière fois de nuit un peu plus près encore de Schengen, dans la plus européenne des villes russes, la plus unique en son genre avec son style impérialiste, baroque, néoclassique et tout simplement sublime : nous voilà arrivées à bon port à Saint-Petersbourg, enfin !

Je ne vais pas m’étendre sur les émerveillements que cette ville-palais procure, si ce n’est que l’on se sent immédiatement un peu plus raffiné et cultivé simplement en marchant le long des canaux de cette ville tricentenaire.
Bastion des tsars et de l’Empire, elle a vu se succéder une ribambelle de bâtisseurs et d’architectes qui se sont d’abord mis en devoir de construire sur une immense étendue de marécages -ce qui ne paraît pas être une bonne idée, jamais, hein mais quand on veut un accès à la mer Baltique… Pas le choix !

On y sent l’influence italienne sur les façades, qui se marie à merveille avec les couleurs choisies par les gens d’ici pour trancher sur le blanc de la neige l’hiver. Alors oui, la pierre brute c’est joli par chez nous mais est-ce que c’est pas encore mieux avec un peu de couleur, que diable ! Je n’ajouterai rien sur les différents parcs que compte la ville, chefs d’œuvre de finesse qu’il était d’usage de se faire offrir, entre tsar ou tsarine, duc ou duchesse, à l’époque de l’Empire.
Heureusement aujourd’hui, ces écrins de verdure en ville sont accessibles à quiconque même sans titre de noblesse, conséquence profitable de la Révolution parmi d’autres.
Notre périple en Russie, Mongolie et Asie centrale s’achève donc ici sur les rives de la Néva. L’appel du Grand Nord et de l’Hiver sont là et ça tombe bien parce qu’il paraît que la Finlande, c’est pas très loin… Un crochet par la Laponie s’impose donc avant de prendre le chemin du retour vers la France. Retrouvons Schengen, retrouvons des gens qui parlent anglais couramment, allons à la rencontre de la neige, des rennes et des aurores boréales… en Laponie ! Oui, ça paraît pas mal comme détour avant le retour, dans la catégorie terre reculée, hostile et peu densément peuplée !