Et oui ça y est, nous voilà enfin arrivées en Ouzbékistan !
Vous savez, ce pays qui occupe les premiers rangs mondiaux dans la production du coton, grâce à l’assèchement soigneusement orchestré de la Mer d’Aral notamment, et qui autrefois était parcouru par d’immenses caravanes sur la route de la Soie.
On n’arrive cependant pas dans ce pays à dos de chameaux chargés d’épices et de tissus précieux mais à base de grand bus longue distance, qui a eu d’ailleurs quelques difficultés à passer la frontière kirghize. Nous avons eu la joie de pouvoir observer de près le poste de douane pendant quatre longues heures d’attente en pleine nuit pour des raisons plus ou moins inexpliquées avant de filer à travers le Kazakhstan puis enfin, arriver à Tachkent, capitale du pays.

On découvre avec joie que le pays, pourtant relativement désertique dans son ensemble -nous aurons l’occasion d’en reparler- produit tout de même un panel fantastique de fruits et légumes. C’est donc une parenthèse encore estivale que l’on s’offre, à grands renforts de salades de tomates, concombres et bien sûr des melons et pastèques à l’infini, youpi !

Tachkent ne constituant pas cependant l’attraction principale du pays, nous ne traînons pas et après avoir réussi à retirer 1,5 millions de Soms ouzbeks (chacune) aux rares distributeurs de la ville acceptant les Mastercard (et oui, le quotidien en voyage est effectivement parfois ponctué de quêtes passionnantes…), nous filons en train vers la première étape réellement « touristique », un des must-see, des highlights du pays : Samarcande !

Nous avons précédemment croisé beaucoup de voyageurs qui nous recommandaient bien sûr vivement l’Ouzbékistan, et précisaient par ailleurs souvent que Samarcande était devenue une ville musée remplie de ce que l’on appelle communément les « attrape-touristes ». Pourtant, c’est tout de même bien joli, à première vue, avec un gros gros groooos niveau question décoration extérieure.



Bien que les différents sites de la ville, à commencer par le Régistan donc, soient absolument envoûtants ainsi parés de superbes détails, ils sont aussi malgré tout investis par des dizaines de vendeurs de souvenirs qui passent leur temps à alpaguer le touriste en maraude.
On se retrouve ainsi régulièrement à visiter l’intérieur des édifices en admirant des photos de Samarcande au siècle précédent tout en devant littéralement se pencher au dessus d’un étal de cartes postales et de pièces de cotons brodées de fleurs, d’écharpes en soie (ou pas, d’ailleurs, le doute subsiste), de boucles d’oreilles en pierres semi-précieuses. Le tout en ignorant superbement le vendeur qui s’échine à tenter de deviner notre nationalité afin qu’on engage un semblant de conversation à but clairement lucratif. C’est à dire qu’après avoir passé tant de temps en vadrouille majoritairement dans des sites naturels, ce type de tourisme auquel on se frotte en Ouzbékistan est un chouilla différent de la plupart des choses que l’on a pu voir jusqu’alors… Héritage des siècles passés à commercer et négocier avec tout un tas d’étrangers peut-être ? Cela a tout de même un léger goût de fausse authenticité.
Heureusement, on passera suffisamment de temps dans chaque ville pour ne pas simplement prendre 3 photos, se laisser convaincre d’acheter un Régistan miniature en plastique et repartir. On pourra plutôt flâner et observer les locaux, qui notamment à Samarcande, ont le bon goût de nous distraire avec leur obsession de LA photo de mariage, que tout couple ouzbek de classe moyenne qui se respecte se doit de faire devant le Régistan.

On s’amuse d’ailleurs à constater que la mariée ouzbeke s’échine visiblement à atteindre un canon de beauté relativement occidental, ce qui a pour effet de les rendre quasiment toutes identiques. Ou alors c’est vraiment la même personne qui s’est mariée et a pris des photos partout à Samarcande pendant 3 jours.
Dans la catégorie « vie locale », après la carte « mariage », nous tirons la carte « fête des Professeurs et des Élèves de Samarcande « !
Le parc central est investi le 1er Octobre par une kermesse géante, version « l’Ouzbékistan a un incroyable talent ». Ça se bouscule en habits du dimanche entre les stands de gâteaux, de peinture, de danse, de musique traditionnelle, d’exposition photos de l’école vétérinaire ou de la moins connue Chaire de Sculpture sur Pastèque.
C’est finalement le stand de chanteurs pop juniors qui recueillera le plus d’applaudissements de notre part, pour des raisons évidentes de mignoneté.

L’étape suivante sur notre route sera la ville-oasis de Boukhara, ce qui nous rapproche sensiblement de la frontière avec le Turkménistan, un des pays les plus fermés au monde. Changement de décor là-bas, si les monuments de la ville sont moins imposants qu’à Samarcande, ils semblent au moins un peu plus authentiques, notamment grâce au vieux centre-ville piéton tout en pierre aux couleurs claires. Un léger et lointain air d’Avignon version désert 🙂

Mais alors vieux centre-ville, c’est-à-dire ? Oui parce que bon c’est vrai que ce coin du monde a eu l’honneur de connaître de nombreux chefs de guerre ou d’empires aux ambitions souvent destructrices ou hégémoniques. Ces territoires pourtant désertiques mais particulièrement bien placés pour faire étape et commercer sur la Route des Indes ont vu se succéder entre autres Alexandre le Grand, Gengis Khan et ses hordes mongoles, puis Tamerlan avant de faire connaissance de près avec l’Armée Rouge et les soviétiques.
Les monuments que l’on visite dans ces villes de la route de la Soie ont donc été souvent détruits et rebâtis, les derniers datant de quelques dizaines d’années seulement après avoir été bousculés par un séisme puissant dans les années 70.

Donc des monuments anciens, mais reconstruits, et plutôt avec goût il faut le reconnaître ! Ces tons de bleu et nuances de turquoise se marient à merveille avec la couleur des briques qui les supportent.
On hésite cependant souvent entre se dire que c’est dommage de ne pas voir de ruines authentiquement anciennes ou plutôt se réjouir qu’on sache encore dans le monde construire en œuvrant d’un savoir-faire qui fasse preuve de tant de goût. On déplore cependant leur niveau de géométrie, si l’on en croie les degrés d’inclinaison par rapport au sol des différentes tours et minarets, ce qui laisse parfois perplexe sur le niveau de rigueur dans le secteur du génie civil par ici…

Nous terminons notre court séjour en Ouzbékistan après avoir inauguré ou presque la gare de train de la ville de Khiva, ouverte en Mars dernier.
On est bien heureuses d’ailleurs que le train nous emmène si facilement et si sûrement à travers le pays, le décor semblant plutôt hostile à l’extérieur.

Les remparts qui entourent la ville de Khiva sont ici plutôt bien conservés et permettent de véritablement filtrer les entrées dans le centre historique via les anciennes grandes portes, qui ne laissent aujourd’hui plus passer que des touristes, certainement moins belliqueux que les marchands ou guerriers d’autrefois.
Moults groupes de touristes se pressent à l’intérieur des remparts en cette saison clémente pour la région, et l’on y reconnaît facilement les visages des différents voyageurs croisés dans les auberges et hôtels des villes visitées précédemment. L’ambiance oscille donc entre une sorte de Disneyland historique ou campus universitaire géant où certains visages sont familiers et d’autres pas du tout, mais où règne cependant un bel « entre-soi ». Ah qu’on est bien, entre touristes de classe moyenne !

Mais dans les champs, les dernières fleurs de coton sont déjà ramassées et il n’en reste plus guère à récolter quand nous quittons Khiva.

Ne serait-il pas temps pour nous de quitter vraiment l’Asie Centrale et de nous diriger maintenant au Nord, bien plus au Nord ?
Ça serait quand même un peu trop facile de rentrer directement… Et oui, un petit détour au delà du cercle polaire s’impose pour la fin du mois d’Octobre, afin de rééquilibrer la moyenne de température de ces derniers jours, qui atteignaient encore allègrement les 30 degrés en milieu d’après-midi… En tout cas en quelques jours de train, ça risque fort de bien vite changer car… Bientôt nous revoilà en Russie !