Épilogue au Nord du Cercle Polaire

Et oui ça y est, cette fois… Ça sent la fin du périple !
Et ce dernier article en aura mis du temps à voir le jour, mais c’est que quand on se met au rythme de la Laponie fin Octobre-début Novembre eh ben… On est un peu en semi-hibernation : et donc tout ralentit 🙂

Petite vue classique de là-bas, oh que c’est beau, histoire de vous mettre dans l’ambiance calme et hivernale des premières neiges, supplément rennes inclu 🙂

Alors nous voilà fraîchement -au sens littéral du terme – débarquées de Russie pour retrouver notre cher espace Schengen, et cette fois des repères quasi-similaires à ceux de la maison.
Ici, au surplus, tout le monde ou presque parle un anglais parfait, bien sûr. Nous faisons une sorte de bon en avant dans l’ère de la modernité en entrant en Finlande, qui compte parmi les pays les plus « développés » au monde et caracole a priori en tête du classement des pays aux habitants les plus heureux du monde. Écrans interactifs pour les horaires et itinéraires dans la gare routière, machines à recycler toutes les bouteilles/canettes qui sont cautionnées à l’entrée des supermarchés, hall d’attente chauffé dans la gare avec des chauffeurs qui vous chargent et déchargent vos bagages en soute (oui oui, ça nous a paru exceptionnel oui !). Transports surefficaces et toujours à l’heure, roulant à vitesse normale sur des routes gelées, à base de pneus cloutés ça marche vraiment vraiment bien.

Bonjour on roule à 90km/h sur la glace :)!!

En Finlande, pas de bazars ni de marchés en revanche, mais on cible plutôt les rayons des supermarchés (et oui c’est pas très glorieux, mais comprendre et reconnaître des produits dans des rayons… Eh bah ça fait du bien !).
C’est même presque un moment de détente que de faire ses courses dans des rayons lumineux et aérés, où chaque client respecte la notion d’espace personnel cher à l’Occidental. C’est-à-dire que personne ne passe devant personne de manière délibérée pour se servir ou simplement faire son passage en grillant une sorte de priorité implicite, sans respect d’une notion de courtoisie quelconque relative à la présence d’autres individus autour de soi. Alors voilà, un peu de civisme selon nos codes et critères… Eh bah ça fait du bien !

Toutefois, ces considérations très urbaines ne reflètent pas vraiment l’ensemble des 3 semaines passées en Finlande, ou plutôt en Laponie. À peine arrivées à Helsinki, on enchaîne avec un bus de nuit qui nous emmène jusqu’à Rovaniemi, véritable mégalopole lapone de 60 000 habitants (soit autant d’habitants qu’en Lozère tout de même ! Désolée, je n’ai pas pu m’empêcher d’y penser :)). Rovaniemi dont l’urbanisme post-seconde guerre mondiale a été pensé afin de figurer une tête de renne quand on regarde un plan d’ensemble de la ville, à un arrêt de bus par exemple. C’est dire à quel point en Finlande, on fait dans la mignoneté en toute occasion ! 

Quelques 90 kilomètres plus loin, une fois le cercle polaire arctique largement franchi, nous débarquons donc à Lohiniva pour 2 semaines de séjour à la ferme. La neige n’en finit pas de tomber et le lendemain matin, nous entrons visiblement irrévocablement dans l’hiver, à ma plus grande joie de trouver si tôt cette saison si imprévisible et désormais un peu trop tardive par chez nous à mon goût.

De la neige, une motoneige, un chien de neige : bienvenue en Laponie !

Étant rendues sous ces latitudes, il va de soi qu’à cette saison, le soleil s’empresse chaque jour de disparaître un peu plus et de s’éloigner vers le Sud. La lueur, même à midi, est basse voire crépusculaire.
Notre rapport à la lumière s’en trouve changé, affolées que nous sommes quand on voit le soleil descendre sauf qu’ici, il met juste vachement plus de temps à descendre, en fait ! Quand je vous disais qu’ici, tout ralentit…

Coucher de soleil en Laponie : il prend son temps, l’astre du jour, pour à peine monter puis redescendre !

Inutile de s’attarder sur la beauté et le calme de ce monde recouvert d’une vaste couche de blanc et de silence. En Finnois, il existe plus de 40 mots différents pour qualifier la neige selon son état. Et cela paraît tout à fait légitime, ne serait-ce que quand on constate à quel point elle émet des sons différents en fonction de la température… Alors oui, la température ! Il est temps de disserter un peu sur cette notion pleine de sensations en Laponie. Comme chacun sait, la neige apparaît habituellement aux alentours de zéro degrés. Sauf que chez nous, on fait globalement rarement l’expérience d’un mercure inférieur à -10 degrés, ce qui constitue déjà un record pour certaines régions françaises.

Autoroute à motoneige l’hiver, rives glacées l’automne : les charmes de la rivière de Lohiniva sont sans limites !

Et bien ici, les thermomètres sont plutôt centrés sur le zéro, ce qui laisse largement imaginer le panel de températures atteintes tout au long de l’année… Et pendant 6 mois environ, ça se passe donc dans le monde du en-dessous de zéro !

Moins 22 degrés à 10h ce matin : record personnel battu !

Les 3 semaines passées là-haut se sont globalement déroulées dans ce monde des températures négatives et le plus surprenant dans tout ça, c’est qu’on s’y habitue assez vite, moyennant un équipement adapté. Avouons aussi qu’un sauna tous les 2 jours minimum, ça a bien aidé.
Un proverbe chers aux habitants de ces contrées dit qu’en Finalnde, on construit d’abord son sauna, puis sa maison autour. Et bah on est bien heureuses que ce ne soit pas que des mots 🙂
D’après le Routard , plus de 70% des maisons sont équipées d’un sauna et c’est pour notre plus grand plaisir qu’on s’y délasse après une journée de boulot à la ferme ou de rando en extérieur !

Les alentours de la ferme par une journée ensoleillée : ne nous y trompons pas, un ciel clair comme ça équivaut société à de une gelée sévère la nuit !

Le rythme de travail en cette saison est plutôt très très très….. tranquille. Il y a principalement 2 tâches à accomplir : nourrir les animaux (pour pouvoir les manger eux ou leurs produits dérivés ensuite, sauf les 2 chiens) et couper du bois pour le chauffage, la cuisinière à bois et le sauna bien sûr ! Le maniement de la tronçonneuse et de la hache sont donc devenus plutôt familiers, étant donné qu’il faut quasiment travailler 2h par jour pour couper suffisamment de bois pour les besoins quotidiens. Heureusement que du bois, par là haut, c’est pas vraiment ce qui manque…

Forêts de Laponie : tout plein de ressource de chauffage en vue, youpiiii !

Les soirs de ciel clair nous feront quelques fois l’honneur de s’illuminer de ce fameux phénomène naturel incitant à sombrer dans le monde des rêves et des légendes, un vrai prétexte à la poésie enfin.
Les quelques aurores boréales que nous avons pu observer ont été pour nous plus ou moins intenses et plus ou moins « actives ». Dilemme difficile à supporter pour le touriste que de se demander si l’on a envie de les regarder ou les photographier. Puis finalement on cède complètement à notre condition et on se dit que c’est chouette de les photographier. Puis on se rappelle qu’on est pas photographe mais que quand même, on sait 2 ou 3 trucs de bases. Par exemple qu’il faut faire des photos en longue exposition pour que ça rende bien, parfois jusqu’à 20 secondes.
Ce qui laisse concrètement  le temps de sortir sa main de la moufle qui est elle même dans la poche de la veste, de faire les réglages, poser l’appareil sur un support stable, enclencher, ranger sa main-dans-sa-moufle-dans-sa-poche, attendre 20 secondes puis ressortir sa main-de-sa-moufle-de-sa-poche-de-veste pour checker la précieuse photo. Et là, le classique : on se rend compte qu’on a oublié de régler la focale. Ou un autre truc. Et du coup on recommence tout le tralala, ce qui dure parfois bien 20 min parfois, dehors, par -15 degrés. Et on se rend compte à quel point les doigts ont gelé uniquement quand on revient au chaud à l’intérieur avec un thé !
Bref, vis ma vie de « je suis photographe, mais je suis surtout touriste ».

Et alors là, désolée, déception de l’extrême, mais mes quelques photos potables d’aurores boréales n’ayant évidemment pas été prises avec mon téléphone, je ne suis pas en mesure de les présenter sur le blog… Pour toute alternative, je vous propose une photo de rennes qui prenaient visiblement leur petit déjeuner en même temps que nous un matin à la ferme de Lohiniva#RéveilMignoneté++

Bon appétit les copains !

Alors les rennes, parlons-en quand même, des rennes ! Ils tirent le traîneau du Père Noël, certes, et c’est déjà très chouette comme mission, mais au-delà de ça, il s’agit du bétail le plus adapté à ces conditions arctiques. Ils savent globalement se gérer tout seul, et c’est bien là leur plus grand avantage pratique. En grattant la neige tout l’hiver, même lorsque celle-ci est présente en quantités astronomiques, ils arrivent à se nourrir suffisamment pour tenir jusqu’au retour du printemps. Les éleveurs les laissent en totale liberté presque toute l’année, il est donc fréquent de les croiser sur le bord des routes, surtout au début de l’hiver où ils viennent lécher le sel répandu par les services techniques… chaque éleveur de rennes possède sa « marque » c’est à dire -attention âme sensible s’abstenir- son propre dessin de découpage d’oreilles de rennes. Âges de quelques mois, les rennes d’un même troupeau sont ainsi « marqués », avec une découpe d’oreille propre à chaque éleveur. Toutes les « marques » sont officiellement répertoriées dans un fichier partagé, ce qui permet par exemple de retrouver à qui appartient tel ou tel groupe de rennes qui a potentiellement décidé de faire fi des frontières et d’aller se promener en Suède à 100km environ de la ferme de tel ou tel éleveur !

Jeu ! Sauras-tu retrouver tous les rennes camouflés dans la forêt sur la photo ci-dessus ?

/!\ Attention la suite de cet article est encore plus inadapté pour les personnes ayant choisi la voie du veganisme/!\

Ces bestioles sont en tout cas très communes dans ce coin du monde, autant que nos vaches ou moutons.
Et les lapons ont particulièrement réussi à optimiser leur utilisation. Dans les régions du monde où les conditions de vie sont à ce point exigeantes, imprévisibles et globalement assez hostiles, on ne gaspille rien et on utilise son cerveau et son imagination ! On peut ainsi retrouver du renne sous forme comestible, fumé, en lardons ou en saucisse mais aussi de façon plus originale dans ces fameux « blood cakes », à savoir des boulettes bouillies de sang de renne mélangé à de la farine de seigle et quelques oignons ciselés, dégustés à la mode locale avec la confiture d’airelles et les concombres au vinaigre :

Repas du dimanche : tout est fait maison :)!! Et le sang de renne, on n’en perd pas une goutte !

Ou bien on retrouve le renne sous forme de vêtements et fourrures assemblées et cousues sous tout un tas de formes chouettes et utiles, à commencer par ces chaussons en peau de renne (plus précisément en peau de patte de renne) dans lesquels tout bon lapon qui respecte ses orteils glisse ses pieds entourés de chaussettes en laine, le tout rembourré avec un peu de foin au besoin.

Non ce ne sont pas que des chaussures pour lutins du Père Noël ! 

Enfin, les bois de renne se retrouvent souvent à décorer les entrées en servant de petits porte-manteaux (parce que des manteaux ici, c’est vrai qu’il y en a un paquet, à porter !!) et les os sont utilisés majoritairement en tant qu’ornement, notamment sur la garde des célèbres couteaux lapons qui sont absolument indispensables à quiconque souhaite aller en forêt et en profiter au maximum. On se rappelle que couper du bois ici est une activité beaucoup plus commune qu’ailleurs, pour faire du feu mais aussi pour se fabriquer tout un set de vaisselle : c’est un peu le paradis de la cuillère en bois ici !

/!\ Fin du paragraphe non-vegan – Retour à l’appréciation des plaisirs simples que procure la vie dans la nature /!\

Cette immersion dans le quotidien en Laponie se termine par une somptueuse semaine de randonnée dans le parc national de Pyhä-Luosto, dernière étape de plein air que nous partagerons avec Héloïse qui nous fait le plaisir de nous retrouver pour partager une belle semaine à -10 degrés de moyenne et inaugurer la vraie première chute de neige : 50cm bien tassés sur l’ensemble du parc, et plus encore !

Chute de neige conséquente autour d’Isokuru : bon sang mais où sont nos raquettes ?!

Vous remarquerez sur la photo ci-dessus la petite hutte lapone en bois cachée dans les arbres. En effet, il est usuel en Finlande de passer le plus clair de son temps libre en plein air (se dire ça, est ce que ça donne pas déjà juste hyyyyyper envie d’y aller je vous le demande !!) dans une nature préservée et changeante qui s’apprécie d’autant plus quand on peut passer la nuit dans des cabanes hyper cosy, avec un bon poêle et un bon feu de bois dehors pour toujours plus de thé et de saucisses grillées à la mode locale ! Chaque spot de pause dans le parc de Pyhä comporte un feu extérieur sous un abri 3 pans en bois, des toilettes sèches extrêmement propres et un abri pour le bois avec une hache…. Et un nom mignon ! Absolument formidable de savoir qu’une halte est possible dans ces conditions tous les 5 à 10 km environ, au bord d’un petit lac, en surplomb d’une ravine ou au pied d’une colline… Ici, ils ont le bon goût et le savoir-faire pour rendre la nature accessible à tous dans un respect de l’environnement quasi exemplaire.

Exemple d’aménagement à Isokuru ou comment faire de la nature un musée à ciel ouvert accessible à tous. Merci parc national de Pyhä ❤ !

Le tout se savoure bien mieux en photos qu’avec des mots, qui risquent une fois de plus de me faire chavirer dans le lyrisme voire la mièvrerie si je me lance sur le thème « vivre en harmonie avec la nature lapone au cœur de l’hiver ».

La séjour en Laponie se termine donc dans un froid vif mais surtout dans une ambiance très « hibernale »- #JeudeMots#heureusementquec’estle dernierarticle><
Se chauffer au coin du poêle dans les chalets et refuges ultra cosy de Finlande, couper du bois, se faire un bon petit porridge au poêle, briser la glace à la hache pour avoir de l’eau, tailler des cuillères en bois, faire du thé, faire du feu, recouper du bois et refaire du feu, faire griller des trucs dessus, chercher les rennes des yeux, déneiger, gravir le sommet du coin -qui culmine à 500m et quelques, un record pour le pays-…

Bref, le paradis des amoureux de l’Hiver en cette saison morte entre été et Noël, des journées courtes, simples et pourtant bien remplies… Un vrai séjour au calme et entourées de beauté !

Et …..paf ça y est ! L’heure du retour est sur le pas de la porte, c’est le moment pour nous enfin de « transhumer » par Saint Pétersbourg puis Riga, Varsovie, Berlin et enfin Paris… descendre un peu plus au Sud donc, pour revenir petit à petit en France à un autre rythme que celui de la Laponie, et plus largement à un autre rythme que celui de ce riche périple eurasiatique.
Les paysages, les villes, les rencontres, les trajets, les découvertes, les coups de stress, les émerveillements quasi-quotidiens et les questionnements dont certains demeurent encore sans réponse, l’attente de la nouveauté, du spot à voir, du travail à effectuer, les tâches du jour, laver le réchaud, monter la tente, seller le cheval ou monter dans le train, imprimer son billet de bus, réserver un Hostel chouette, comprendre le plan d’une nouvelle ville, se repérer sur le réseau de transport, apprendre un nouveau mot en russe, ne pas comprendre pleiiiin de nouveaux mots en russe, rencontrer d’autres voyageurs, échanger des sourires avec des inconnus, retrouver un.e copain.e à l’autre bout du monde, faire son sac pour partir en rando, laver ses quelques fringues, chauffer le sauna, acheter des produits frais au bazar ou au marché, négocier le prix, prendre une belle photo, prendre une photo ratée, chercher l’entrée de l’Hostel dans la bonne ou la mauvaise rue parce que franchement c’est pas toujours simple, prendre le bus pour des heures et des heures, sortir des sentiers battus et tirer des leçons de la journée vécue…. Eh bien on dirait que ça y est, c’est fini, la dose d’aventures et d’enseignements a été correctement inoculée…. Ah ça oui !!!!

La route du retour, droit vers le Sud !

Et toutefois le quotidien sera bon à retrouver en France, la tête emplie de souvenirs fantastiques et d’idées pour l’avenir.Un plein d’énergie et d’inspiration dont on sort nécessairement grandies, en bonne et due forme.

Alors… À bientôt le monde du voyage, à bientôt paysages fantastiques et grandes étendues, à bientôt les découvertes et les mondes inconnus ! À bientôt les beaux troupeaux de rennes, de yaks, de chèvres, de chevaux…! À bientôt… Peut-être plus tôt qu’on ne le croit, chez nous ou ailleurs !

The End !

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