Voilà, maintenant qu’une ambiance musicale a été subtilement mise en place grâce à ce titre d’article particulièrement niais, il est temps de se livrer à la narration des dernières semaines passées… Au Khirgizistan.
Et oui ! Nous qui pensions descendre du Pamir vers l’Ouzbekistan, nous nous fourrions le doigt dans l’œil jusqu’au coude, comme on dit !
En effet, à peine arrivées à Och, nous apprenons que nos 2 copains auto-stoppeurs partis de Lyon en Mai dernier sont aussi arrivés à Osh la veille. Alors c’est vrai qu’on a beaucoup hésité entre accepter un boulot dans une ferme kirghize pour récolter des patates deux semaines ou plutôt retrouver nos 2 copains et partir pour plusieurs jours en montagne… Mais bon, c’est vrai que la montagne ça faisait déjà 2 jours qu’on y était plus alors ça commençait à faire beaucoup.
Changement de programme donc : direction Karakol, au pied des montagnes des Tian-Shan pour une dizaine de jours afin de clore la saison en beauté !

Alors si vous regardez sur une carte -décidément, à lire un blog, si on vous avez dit qu’en fait c’était un cours de géographie déguisé… – vous vous rendrez vite compte que pour atteindre Karakol depuis Och, pas 36 solutions, cela signifie qu’il nous faut revenir à Bichkek par le bien nommé « trajet de l’ambiance », aussi appelé Route Nocturne de toutes les Angoisses Sommaires. C’est à dire que le mode de conduite kirghize ne nous a pas encore totalement séduit mais quand on a pas le choix… S’agit de trouver un taxi collectif avec dedans le gage sécurité « plus plus », à savoir : quota minimum = une dame + une personne âgée. Bonus si présence d’un bébé à bord !
Et on aura la chance de voyager avec un taxi à bonus, avec bébé le plus calme et le plus mignon du monde à bord : c’est parti pour 10h de voiture, virages, cols, tunnels, nids de poules, troupeaux, moutons égarés et camions de foin, direction Bichkek, et de jour cette fois s’il vous plait !
Et bien nous en a pris, visiblement…

Alors qu’on se débat pour arracher une photo correcte à travers la fenêtre de la voiture, assumant ainsi notre statut de touriste sans aucun remords, le destin nous offre la chance extraordinaire de nous arrêter en pleine pampa. Et oui, on a tiré la carte crevaison du pneu arrière droit ! Youpiiii, on peut tous joyeusement sortir prendre une belle photo du paysage sans avoir le vieux reflet de la fenêtre du véhicule !

Ni une ni deux, on remplace la roue et c’est reparti pour encore 200km à toute blinde sur les hauts plateaux où visiblement, ça commence déjà à remballer les yourtes et les fromages séchés.
Enfin nous descendons des montagnes Ala-Too et on se faufile dans la banlieue de Bichkek, entre 2 troupeaux de moutons ou de chevaux qui finissent de descendre d’estives en cette mi-Septembre, avidement poussés par les klaxons de tous les véhicules.

On expérimente ensuite un trajet en mashrukta relativement animé de Bichkek à Karakol, non pas en raison de la qualité de l’ambiance musicale, mais plutôt grâce au style de conduite. Le chauffeur semble vouloir gagner de précieuses minutes à coups d’accélérateurs effrénés et de dépassement semi-réglementaires, si tant est qu’on puisse parler de règlement routier… Fait intéressant, le Kirghizistan semble avoir redoublé d’efforts concernant la sécurité routière . Nous aurons donc l’occasion d’apprécier l’efficacité de cette nouvelle politique : nous croiserons ainsi plusieurs dizaines de policiers postés sur le bord, radar-lunette à l’appui, ce qui nous vaudra systématiquement un freinage d’urgence en bonne et due forme de notre chauffeur, qui une fois le contrôle de police passé, s’empresse d’écraser à nouveau l’accélérateur avant de visiblement téléphoner à ses copains chauffeurs pour leur signaler que la zone est « surveillée ». On peut donc raisonnablement penser que les statistiques en matière de sécurité routière kirghize se porteront de mieux en mieux : nous voilà rassurés.

Nous voilà donc prêts pour attaquer quelques jours de montagne depuis Karakol, à l’extrême Est du grand lac Issyk-Kuul. On débarque dans une ville qui ne semble pas vraiment avoir noté la fin de l’URSS : les gens parlent un excellent russe dans la rue, on croise de nombreuses têtes blondes et entrons également dans de nombreux magasins de montagne tenus par des russes. Ambiance station de sports d’hiver un poil cheap.
Mention spéciale également à l’antiquaire russe qui a rassemblé dans une boutique minuscule une montagne d’objets datant de la période soviétique , allant des magazines « travaillistes et féministes » de l’époque à la collection de pin’s à l’effigie de Lénine sans oublier la collection d’authentiques couvre-chefs militaires à étoile rouge ou encore timbres à l’effigie de Iouri Gagarine.
Karakol semble donc encore être un avant-poste soviétique disposé aux confins du Kirghizistan, à quelques encablures de la Chine.

On retrouve quand même tous les repères Kirghizes le temps d’une virée matinale au marché aux animaux de Karakol : la foule est en délire dès 4h du matin pour acheter, essayer, échanger, vaches moutons, ânes et chevaux. Il s’agirait d’un des plus grands d’Asie Centrale… Un vrai bazar que ce marché là ! On se demande si les locaux viennent vraiment acheter des bestiaux ici chaque semaine ou s’il s’agit plutôt d’une réunion hebdomadaire pour cancanner à propos des dernières nouvelles, et quitte à le faire, autant emmener tout son troupeau avec soi…?


Le temps semble stable pour plusieurs jours et les températures remontent doucement après les premières neiges de Septembre : il est temps pour nous de partir quelques jours dans la vallée de Jergalan.
Pas question de faire porter nos sacs par des chevaux cette fois, et, fait incroyable , nous mobiliserons même nos jambes pour nous déplacer dans ce décor ! Ça change des 10 derniers jours dans le Pamir, et ça nous fera les pieds, tiens.

On se trouve bien seuls dans ces vallées que les bergers ont déjà déserté, et ils ont peut être eu bien raison : on estime la température de notre première nuit à 2800m d’altitude autour de -10 degrés. On se disait aussi, à ne pas arriver à trouver de pulls chauds dans les bazars : « mais bon sang ces kirghizes n’ont jamais froid que diable ! » Il semblerait que non, visiblement ils n’ont jamais froid car ils ne se laissent peut être pas atteindre par ce dernier…

Non parce que c’est bien beau, de vouloir avoir un ciel étoilé à regarder la nuit, oh la la que c’est beau la Voie Lactée, mais en général, c’est aussi synonyme de fortes gelées à l’approche de l’hiver…
Heureusement, les jours -et les nuits !- seront plus chauds, et nous pourrons profiter de ce petit bonheur du bivouac tranquille, sans personne d’autre que nous et les ruisseaux d’eau claire pour toute compagnie.


On joue les prolongations quelques jours dans la vallée de Jeti-Oguz puis d’Altyn Arashan, célèbre pour ces sources d’eau chaude, et donc emplie également de touristes se faisant trimballer en Van UAZ sur 15 km de sentier chaotique jusqu’aux « complexes hôteliers » construits dans la vallée.
On parviendra quand même, à pied bien sur, jusqu’à une des fameuses sources -gratuite celle là- située dans un recoin des gorges de la rivière que l’on aura remonté toute la journée, afin de se tremper dans une eau plutôt tiède dans un bassin minuscule légèrement vaseux, aménagé en forme d’immense bouche de grenouille couronnée. Ça donne envie, n’est-ce pas ?
On rentre à peine à 4 dedans, mais au moins on rigole bien.
Voyez plutôt :

Cette petite pause balnéo-thérapie nous permet de conclure sur une note plutôt loufoque quelques beaux derniers jours au Kirghizistan. Retour à Bichkek dans un mashrukta plus tranquille. 400km et une centaine de nids de poules plus loin, nous voici de retour à la capitale.
C’est déjà l’heure de laisser nos copains repartir, eux vers le Pamir puis la Corée du Sud, le Japon et la Nouvelle-Zélande, et nous cette fois pour de bon il semblerait, vers l’Ouzbekistan.
La route du retour nous attend et avec elle, quelques célèbres étapes de la Route de la Soie !