Et c’est rien de dire qu’on a en soupé de la hauteur !
On était à peu près au courant que le Kirghizistan est un pays de montagnes, certes, mais comme en plus on a décidé de cibler le Sud du pays en partant trekker dans le Pamir Alaï… Autant dire qu’on vient d’effectuer un petit stage d’acclimatation de 12 jours entre 3 et 4200m d’altitude, sur les contreforts d’une chaîne déjà bien haute issue elle-même d’un lointain plus si lointain Himalaya… Si si, regardez sur une vue satellite un peu dézoomée !

Mais revenons quand même un petit peu en arrière, notamment à Bichkek qui mérite quand même un petit topo à part entière.
Nous avions quitté le Kazakhstan et la très moderne Astana par voie ferroviaire, dans un train ouzbek à destination de Tachkent mais qui nous laisse à proximité de la ville de Tchou à quelques 200km de Bichkek.

On commence déjà à pressentir un découpage de frontière fait avec les pieds pour ainsi dire. Si vous zoomez un peu sur les cartes (décidément, cet article est vraiment participatif !) dans ce secteur, vous y reconnaîtrez facilement le style très artistique de découpe des frontières propre aux despotes déchus souhaitant laisser leurs anciennes « colonies » dans un ordre de paix maximal…
Mais Bichkek donc.
Bichkek ne fait pas exception au rang des villes conçues et bâties à la soviet. Le béton est roi et le style fonctionnaliste s’y exprime à merveille, avec quelques touches orientales qui nous plongent facilement dans un décor très « OSS 117 ».



Nous retrouvons le temps de quelques jours à Bichkek les plaisirs d’une nourriture variée et extrêmement abordable : les vallées proches et fertiles donnent à foison melons, pastèques, fruits rouges, pêches, abricots, miel, tomates de toutes sortes… Après un mois et demi passé en Mongolie, manger des fruits frais et locaux est effectivement un vrai petit bonheur. Les samossas ont remplacé les « khushuurs », mais ça va je survis. Heureusement qu’on trouve aussi des « cherubiekis », vous savez, les chaussons frits viande-oignons à la mode russe.
On profite aussi d’un très bon Hostel équipé d’une terrasse avec hamacs et transats-palettes bien cosy pour se reposer avant de partir titiller la haute altitude.

Les batteries sont désormais rechargées et il est l’heure de récupèrer Manon Cottet à l’aéroport de Bichkek pour partir en direction d’Osh puis de Sary-Moghol dans le Pamir.
Le taxi collectif nous convoie en 12h chrono de Bichkek à Osh, dans une chaleur encore bien présente malgré le trajet effectué de nuit. L’altimètre indique déjà 2600m à 22h30, après 2h à peine de trajet. Précisons que Bichkek se situe à 800m d’altitude au Nord de la chaîne Ala-Too que l’on aperçoit avec plaisir depuis de nombreuses rues de la capitale.
Faut dire aussi qu’on ne mire pas bien le paysage quand il fait noir dehors : la montée en voiture s’est à peine fait sentir mais pourtant nom de nom ça tourne et on sera ravies de poser pied à terre à Osh au petit matin !
7h30 du matin. Altitude : 950m. Température : 18 degrés.
Direction l’immense bazar pour se régaler encore de raviolis juteux et d’un excellent « plov », le riz pilaf « plus plus » du coin.


Bon… mais c’est pas bientôt fini non ces pauses dans les villes au soleil, à se prélasser en terrasse et s’empiffrer de fruits juteux ? Ça va suffire enfin ! Qu’est-ce que c’est que cet article sur le Pamir qui ne traite que tomates bon marché, d’urbanisme et de riz en sauce ?
Allez, on arrête de plaisanter : on saute dans une « mashrukta » au départ d’Osh et on attaque « dré dans le pentu » comme disent les jeunes : destination Sary-Moghol, à 4h de route . C’est le point de départ de notre trek à cheval, situé à 3000″ d’altitude et des poussières.


On retrouve ainsi Bakyt, qui sera notre guide pendant 11 jours complets à dos de cheval. Sa famille s’est établie tout au Sud du village, ce qui leur laisse une vue imprenable sur la chaîne du Pamir, véritable frontière naturelle avec le voisin Tadjik. Au centre s’étend l’immense et tant attendu pic Lénine.
Nous passerons sur l’aberration que cela constitue de nommer ainsi un pic situé si loin de Moscou et la Russie occidentale, tant du point de vue géographique que culturel.
Après notre première expérience de « bagna » -c’est-à-dire douche/sauna/hammam à la russe à base de seaux d’eau chaude- nous chargeons les sacoches et faisons connaissance avec nos montures pour le premier jour de trek.
Les effets de l’altitude se font sentir et on commence à fabriquer des globules rouges à tour de bras !

« J’ai un peu mal à la tête moi ! »
« Moi je crois que je digère pas ouf ce soir »
« C’est marrant j’ai pas très faim aujourd’hui ? »
« C’est marrant j’ai hyyyyyper faim aujourd’hui! »
« Il fait frais non ? »
« Il fait chaud non ? »
« Mais qu’ils sont forts ces chevaux ! »
« Tiens ma mâchoire vient de craquer salement ! »
« Oh ce que j’ai rêvé moi cette nuit dis donc ! »
« Je comprends pas j’ai absolument tout le temps envie de faire pipi ! »
« Oh la la mais que c’est beau autour ! »
« Eh mais mon matelas se dégonfle la nuit »
« Vous avez vu comme on voit la voie lactée ?? »
« Wooooaaaaah y a tellement de yacks !! »
« Quelles sont belles ces rivières ! »
« J’ai mon gore-tex tout plein de boue…. »
« J’ai encore envie de reprendre une tartine de crème de yak moi… »
« Oh ce matin j’ai une forme olympique ! »
« Non mais j’ai couru sur 50m et je suis essoufflée sérieux…. »
Réponse : Ah ça, c’est l’altitude hein !
Ce petit credo devient l’explication facile et parfois tout à fait inappropriée à la majorité de nos constats et autres exclamations quotidiennes.
Le décor est somptueux et nous nous habituons tranquillement au rythme de nos journées : entre 4 et 5h de cheval par jour, pique-nique le midi et bivouac de rêve le soir. Enfilage de couches de vêtements pour supporter le froid piquant de la nuit, enfin surtout l’écart de température entre les 20-30 degrés de jour et les quelques moins de zéro la nuit.
On grimpe rapidement jusqu’à des cols à plus de 4000m d’altitude au bout de quelques jours. Au milieu des yaks en estive, souvent, et des troupeaux de moutons ou de chevaux parfois.
Plutôt que des mots, et pour briser un peu la routine, voici une petite sélection des plus beaux points de vues.






Nous faisons une pause à mi-parcours au bazar du village de Kachka-Suu afin de se ravitailler en quelques légumes, féculents et huile. La crème, les yaourts et autres délices lactés s’achètent plutôt dans les yourtes croisées sur le chemin – et sans incident pour notre système digestif, si vous vous posez la question : ah ça, nous les francais, le lait cru ça nous fait pas peur hein !


Les derniers jours du trek nous permettent de nous approcher au plus près du bien célèbre pic Lénine, qui nous observent du haut de ses 7100m et des poussières.

C’est devenu un vrai repère pour nous lors des ces quelques jours. S’en approcher ainsi permet enfin de saisir à quel point il en impose, le bonhomme…
Il faut imaginer le camp de base à 3500m d’altitude et le Lénine qui nous toise à plus de 3km plus haut. De la roche et de la glace ainsi verticalement disposées sur 3 km de hauteur.
Dame Nature a fait dans le gigantisme ici, dans ce style qui impose l’humilité au premier regard. Elle a des architectes plutôt ambitieux dans le coin on dirait… Le Lénine et toute sa chaîne impressionne, et rendent muet d’admiration. On a presque le sentiment de devoir s’excuser d’être là, vraiment non, on ne fait que passer promis !

Il est trop tard dans la saison pour l’ascension, que nous n’envisagions toutefois pas, soyons honnêtes : il faut passer plusieurs semaines dans le secteur du camp de base et gravir 2-3 fois des « petits » sommets à 4800m autour avant de pouvoir prétendre tenter le Lénine, qui reste un des « 7000m » les plus accessibles du monde, à c’qu’on dit.


Nos braves chevaux de montagnes nous porteront toutefois jusqu’au col dit « des voyageurs » (ça tombe bien tiens !) à 4100m de haut (et alors juste du coup si on peut s’arrêter sur ce fait et en considérer l’absurdité ou du moins l’extra-ordinarité ? Non mais à 4100m ? À cheval ??!!).

Le temps est magnifique ce jour-là et nous finissons la saison en beauté dans ce décor surréaliste de roche, de glace, de centaines de rivières s’écoulant du glacier, enfin des glaciers , enfin bref, c’est le festival de la montagne version XXL. Et le tout à cheval.
Petite parenthèse au milieu du voyage, ce trek à cheval clôt à point la saison : le ciel bleu ne nous trompe pas, par ici, l’hiver rôde non loin et frappera sûrement bientôt sans prévenir.

Et on ne croit pas si bien dire.
Le temps de se régaler sous la yourte d’un mijoté de pommes de terres à la graisse de mouton et de crème de yak à tartiner sur du pain presque frais autour du traditionnel thé, et nous voilà de retour à Sary Moghol par un vent de tous les diables, le dernier jour du trek.
On se retrouve à nouveau sur la route du voyage après cette petite pause où le cerveau s’est presque entièrement consacré à la contemplation. Mais dites-voir, on dirait qu’il neige dans le Pamir ce matin…

Allez, maintenant nous voilà en chemin vers le bien proche Ouzbékistan maintenant… ou en fait non peut-être pas tout de suite attendez voir…. 😉