Ah bah si quand même, même si on y sera pas restées bien longtemps, mais cette capitale mérite bien un petit article… Astana, vous connaissez peut-être grâce au Tour de France où s’égayent chaque année plusieurs cyclistes vêtus d’une combi d’un bleu turquoise si particulier. Eh bien c’est le bleu du drapeau du Kazakhstan, et Astana, c’est la capitale ! Enfin c’était. Mais c’est toujours hein. Enfin maintenant ça s’appelle Nour-Soultan. Oui, oui, la ville a changé de nom au printemps dernier.

Alors oui, voilà déjà on peut prendre des photos depuis l’étage numéro 18 dans cette ville. Personnellement je n’avais jamais été aussi haut de la vie dans un immeuble. Autant dire qu’après avoir passé un mois et demi en Mongolie dans des yourtes ou des tentes, ça fait un drôle d’effet. Du type grand écart temporel. Mais en plus de ça on débarque dans la ville la plus récente et la plus « moderne » qu’on verra sans doute de tout le voyage.
C’est à dire qu’Astana est « devenue » la capitale du pays il y a une vingtaine d’années, et elle s’est construite à partir de là. Toute habillée de verre et d’acier, sortie du désert selon les bons désirs de Nour-Soultan Nazerbaiev, Premier Président du Kazakhstan libre. Ça y est, vous commencez a faire le lien entre la ville et le bonhomme 🙂 ?

Alors si vous avez bien suivi, oui, le Premier Président porte le même prénom que la capitale désormais. En fait, c’est plutôt l’inverse. C’est vous dire un peu l’ambiance. Nazerbaiev ici est partout, en photo, statue, peinture, tenture, tapis… et il est bien sur élu démocratiquement depuis 30 ans, et ce, tous les 4 ans. Même si ça nécessite parfois de couper tous les réseaux sociaux, Whats App compris, 3 jours avant les élections, pour éviter que les gens communiquent entre eux et s’interrogent. Il paraît que quiconque s’oppose un peu trop fort au régime gagne un séjour dans un camp de « remise en forme » pour apprendre à être un bon citoyen kazakh, forfait 15 jours minimum. Forcément après ça, on a un peu moins envie de créer des événements facebook, encore moins d’enfiler un gilet jaune…

Alors ce qui est sympa avec l’histoire politique récente de ce pays c’est que Nazerbaiev était à la tête du satellite kazakhe à l’époque soviétique et qu’il y est tout naturellement resté une fois l’indépendance acquise, dans les années 1990, à la chute de l’URSS. M’voyez t’y pas un ptit problème de cohérence, non ?
En tout cas le bougre est resté sur le bon fauteuil du pouvoir, et trônant sur des mines d’uranium notamment ( première ressource mondiale en la matière, premier fournisseur de notre cher pays la France et ses réacteurs nucléaires), il a rêvé de construire une ville, et voilà qu’Astana est sortie du désert.
Il est absolument inimaginable de penser que tant d’immeubles de verre puissent être construits au même moment, et remplis d’autant de choses futiles et superficielles telles que d’immenses centres commerciaux. Confluence à Lyon ou Antigone à Montpellier à côté de ça, c’est comme qui dirait du pipi de chat. Les bâtiments ici rivalisent de modernité, leur architecture en devient parfois complément loufoque, à l’image du Khan Shatyr, énorme « yourte » de verre abritant des magasins occidentaux par dizaines, un centre de jeux d’arcades, un parc d’attractions à thème « dinosaures » et au dernier étage, une plage tropicale avec sable importé des Maldives. Quand on sait qu’ils se prennent des petits -30 à -40 degrés l’hiver, il y a de quoi frémir devant l’absurdité du caprice …. Ne serait-ce que du point de vue thermique !

Ici, tout doit donc briller, de jour comme de nuit, être plus large, plus grand, plus beau. À titre d’exemple , l’opéra datant de 2014 est une réplique du Bolchoï de Moscou -Nazerbaiev aurait demandé à avoir « le même »- et la plus grande tour, encore en construction, est un cadeau de la ville d’Abu-Dabhi à la ville d’Astana. Les grands esprits se rencontrent comme on dit…
Nous finirons en beauté notre escale en terre de l’absurde par un crochet du côté de l’expo universelle de 2017, en tout cas ce qu’il en reste. Bâtiments futuristes impressionnants, bien que vides désormais : Les bureaux construits à la hâte attendent de trouver preneurs. L’expo s’intitulait audacieusement » Future Energy – Astana 2017″.

Alors on se rappelle quand même qu’on se trouve dans une ville qui se chauffe au charbon sans compter, dont les radiateurs ne comportent pas de thermostats car à quoi bon économiser l’énergie quand on en a trop, et qui se rend plus riche chaque jour grâce à l’uranium, ressource fissile non renouvelable. Juste ça. Bon. L’expo installée et ouverte aux visiteurs aujourd’hui fait cependant état avec brio et audace des différentes sources d’énergies disponibles sur Terre, sans mentionner nulle part les énergies fossiles ou nucléaires ( hormis une partie consacrée à la fusion). Il y est possible de « marcher » sur une reconstitution de la Lune, d’admirer le soleil de l’intérieur dans une boule de tissu géante ou encore de suivre la trajectoire d’avions en papiers majestueux recouverts du texte de l’Accord de Paris (moment le plus cocace de la visite à mon sens ). On en prend plein les mirettes, l’expo étant toutefois hyper bien mise en scène et relativement ludique !
On ressort un peu sonnées de cette pause de quelques jours à Astana, plus convaincues que jamais que le modèle néo-libéral ainsi poussé à l’extrême constitue la plus grande et dangereuse illusion du monde moderne. Quel est le sens de cette vie là, nom de nom ?
Le Kazakhstan compte 18 millions d’habitants : combien bénéficient aujourd’hui des richesses produites chaque années par les grandes entreprises kazakhes pourtant nationalisées – ou plutôt noursoultanisées ? N’oublions pas toutefois qu’ici, la nation, c’est avant tout le Premier Président et sa famille. Et précisons toutefois qu’il a démissionné en Mai dernier, à la surprise générale, mais qu’il a pris soin de garder l’immunité à vie pour lui et sa famille, et sa place au conseil de sécurité du pays notamment.
Finissons tout de même sur une note humoristique, avant de nous replonger droit vers le Sud et nous jeter dans les steppes kirghizes, direction les majestueuses montagnes du Pamir-Alaï…
