Eh voilà encore une bien belle planète que celle-ci !
C’est toujours la Mongolie, l’Altaï, comme en attestent les chansons à la radio ou les menus des restaurants notamment, pour notre plus grand plaisir, mais pourtant bien des détails nous annoncent un changement de décor… Ici dans l’aïmag d’Altaï vivent 90% de kazakhs. Qui ont des yeux parfois gris clairs. Qui portent des vêtements brodés main par des kazakhs. Et qui parlent kazakh (ce qui ne change pas grand chose pour nous puisqu’on ne comprend toujours rien, évidemment !).

Un petit point culture Gé/Wikipedia s’impose.
Cette communauté serait issue d’une espèce de mini diaspora ayant démarré mi-18ème siècle, période à laquelle ils ont fui la tyrannie des tsars pour aller se construire un avenir meilleur en Chine. Pas de bol, là bas, c’était pas non plus le meilleur de tous les plans en terme de tolérance, résultat, ils seraient revenus s’isoler et s’établir ici fin 19ème, dans les vallées et les plateaux d’altitude de l’Altaï mongol.
Après avoir traversé la Mongolie depuis Oulan-Bator à grand renfort de tubes de l’été kazakhs, de kilomètres de pistes bossues et d’interminables parties de cartes (que j’ai juste regardé hein, n’allons pas croire que j’ai enfin pris goût à la belote non plus…), on débarque enfin à Olgii, capitale de l’aïmag.

On comprend assez rapidement ici qu’on ne rigole pas trop trop en terme d’oiseaux, à savoir que les pigeons ont été remplacés par des aigles et des milans dans cette ville posée à 1800m d’altitude. C’est ainsi qu’on s’explique mieux que les hôtels ou restaurants choisissent parfois de s’appeler « Eagle’s Nest », non pas en malsaine référence aux locaux de ce bon vieil Adolf Hitler mais bien parce que la ville est en effet un nichoir géant pour superbes rapaces.

Le touriste ici n’a guère trop le choix que de partir à l’assaut des superbes montagnes et pics enneigés que l’on peut observer dès que l’on s’éloigne un tant soit peu de la ville. À peine arrivées à la Guest House, nous partons à la recherche de copains de sac à dos pour partager un van avec nous et partir quelques jours apprécier le tout à base de bivouacs et randonnées.
On tombe rapidement d’accord avec 4 copains pour une expédition de quelques jours : un couple d’israéliens ayant juste fini leur service militaire (2 ans et 8 mois tout de même !) et 2 catalans (ce qui m’offre ainsi un petit refill de sudisme au bon goût de chez soi, un plaisir !) On remplit donc la bouteille d’essence pour le réchaud à la station service et c’est parti !

On s’embarque donc dans un van en direction du parc National du Tavan Bogd, avec au programme notamment l’ascension du Malchen Peak, qui culmine à 4000m et des poussières, aux confins de la Mongolie, frontalier avec la Russie d’une part et la Chine de l’autre (est-ce que c’est pas hyper incroyable d’avoir fait des frontières comme ça non ??! En vrai ??).

Après 5 bonnes heures de piste, le massif auquel appartient le Malchen Peak se détache enfin, troupeaux de biquettes au premier plan. Le temps a l’air jusque là très correct pour la marche d’approche jusqu’au camp de base.

C’est à ce moment là qu’on commence à saisir qu’on va faire de la rando de haute montagne, mais un peu sans faire exprès et surtout pas avec les mêmes codes que chez nous. Il est 15h quand on quitte le « parking » de l’entrée du Parc et on apprend qu’on va donc marcher 17km jusqu’au camp de base. 17km. Après 15h. Entre 2500m et 3000m d’altitude. Sans carte. Sans réseau. Mais avec un guide, âgé de 16 ans, chaussé de Nike Air plates et lisses et vêtu d’un survet’. Vous voyez le tableau ? Ou pas ?
Bon, il fait beau après tout, et la consigne est simple : suivre la piste jusqu’au bout.
À un orage de grêle près et une traversée de torrent pieds nus, de l’eau jusqu’aux genoux, on finira par tous arriver sans problème, cassés en 2 par la journée mais bien heureux. C’est pas tous les jours qu’on peut camper au pied d’un glacier, en effet… température estimée à 3 degrés.


Je passe sur le fait qu’il y a des chameaux dans ces montagnes, et que jamais je n’avais pensé en voir à 3000m de haut, en train de chiller comme jamais.
J’insiste en revanche sur le fait que la plupart des mongols viennent jusqu’ici dans les 4×4 ou à base de vans UAZ et rendent hommage à ces lieux magiques comme on le ferait devant un édifice religieux fameux plutôt que de grimper dessus comme nous, bons occidentaux, nous apprêtons à le faire.


En tout cas, quand je dis qu’on a fait de l’alpinisme sans vraiment faire exprès, c’est ce qui paraît coller le plus à ce que l’on a vécu ! Pas de chemins pour monter au sommet, mais pas de neige non plus, juste des cailloux de taille diverses et variées, et une pente à vous casser les genoux… Notre guide nous laisse partir avec pour seule consigne : « C’est le pic le plus à droite, vous en avez pour 3h aller, vous verrez les tas de cailloux pour balisage ». Et en avant, c’est parti pour le premier 4000m de notre vie.
Eh bah c’était dur, surtout d’arriver à respirer correctement pendant l’effort, mais on a réussi à en venir à bout ! Joie intense au sommet, ainsi qu’un chouilla de perplexité : « Non mais qu’est ce qui nous a pris ?!! »


On savoure la vue à l’abri du vent tout en haut, on salue la Chine et la Russie, on se congratule et puis on redescend enfin jusqu’au bivouac. Énorme orage la nuit suivante mais enfin, rien de surprenant à ces altitudes.
On retrouve la plaine pour notre dernier jour, que nous partagerons avec une famille du coin, qui possède bien sûr des moutons, des chèvres et de chevaux. Et un chameau pour les petits trajets notamment, faut avouer que c’est bien pratique.

Dernière journée de récompense ensuite car il sera temps d’arrêter de penser que ce pays se parcourt à pied : c’est vachement plus confort à cheval enfin !!

On finira la journée par un des plus chouettes moments pour ma part : évidemment ici il y a des enfants – je passe sur le fait qu’à 5 ou 6 ans, ils sont tellement débrouillards qu’on leur en donnerait 18… – Ils n’avaient jamais vu un Frisbee encore… c’est donc l’heure d’apprendre les bases de l’ultimate ! Et mon disque va enfin servir à autre chose que siège, chapeau ou plateau repas, chouette alors 🙂 On échange quelques passes et on s’amuse super bien, en revanche c’est pas dit que le concept d’auto-arbitrage ait bien été saisi…

On part terminer cette belle boucle sur les bords du lac Tolbo, plage municipale « bondée » à 40km d’Olgii un 15 août, très prisée des kazakhs qui ont un goût particulier pour les stéréo portatives à plein volume pendant la baignade.

Nos derniers en jours en Mongolie s’apprécient donc à base camping sur les berges, sommets enneigés en toile de fond. Chill, baignade et soleil après toutes ces aventures en montagne.

Derniers raviolis vapeur et chaussons au mouton avant de gagner le Kazakhstan et d’aller voir un peu plus loin ce qui s’y trouve . Car une question nous taraude : si les Kazakhs ont atterri dans l’Altaï mongol, bon sang de bonsoir mais alors qui vit donc au Kazakstan en ce moment ???