Oui, c’est vrai… On dirait un titre de conte pour enfants hein 🙂 C’est la poésie de la Mongolie qui s’incarne pourtant dans ces mots, et qui permet parfois d’habiller des choses banales de termes plus élégants.
Le Héros Rouge, nous avons pu en parcourir les entrailles, à base de bus locaux (ce qui fut une grande victoire au regard de la difficulté à se procurer un plan du réseau) et de longues marches sur les grandes avenues, lors de quelques jours de repos bien mérités après notre passage au ranch.

Oulan-Bator est un vrai cas d’étude pour qui a la passion de l’urbanisme et de l’histoire. Il y a un siècle, il agissait d’un bien vaste camp de yourtes et quelques palais sporadiques. Aujourd’hui, c’est une ville d’1,5 millions d’habitants, difficilement respirable, qui s’étire dans une vallée d’Ouest en Est et trébuche entre les immeubles de verre portés aux nues par les vertus du capitalisme moderne et les anciennes infrastructures soviétiques qui fonctionnent encore bon gré mal gré du haut de toute leur austérité. Savant mélange entre croissance fulgurante, nid de toutes les abjectes négociations pour les concessions d’extractions de minerais et terres rares, et lente décomposition d’un modèle tenu en échec après presque un siècle de tutelle soviétique. À y débarquer sans savoir, on ne saurait dire si le Héros Rouge est sur le déclin ou s’il entame son ascension.
Nous en apprécierons néanmoins les quelques bonnes adresses de restaurants coréens, mongols et même vegan (oui, oui, petite touche hipster du voyage très clairement, mais superbe découverte. Premier gâteau au chocolat depuis 1 mois.Record personnel battu).Nous profiterons du fait que UB est un passage obligé pour toute personne voyageant en Mongolie, du fait de sa position centrale. Nous pourrons ainsi revoir quelques amis avec qui nous avons travaillé au ranch, et nous procurer les dernières nouvelles du pays autour d’une bière locale (c’est-à-dire ici brassée à Oulan-Bator en quantité industrielle, point de micro-brasserie encore ;)).
Pire que Paris chez nous : tout part d’Oulan-Bator ici, à commencer par les vivres, les quelques trains, les routes et donc les bus !Nous traçons donc notre chemin vers le lac Khovsgol à base de bus grande distance version mongole. Voyager sans être pris en charge par une agence de tourisme a toujours quelque chose de gratifiant dans ce genre de pays où il reste difficile pour nous de se débrouiller seules, toujours principalement du fait de la barrière de la langue. À bord, la déco est à la hauteur de nos espérances, et l’ambiance musicale nous régale de titres mongols pendant plusieurs heures, pour mon plus grand plaisir personnel 🙂

Précisons toutefois que seules 20% des routes répertoriées en Mongolie sont asphaltées, ce qui nous vaudra l’honneur de parcourir 4h de piste de terre à base de nids de poules et fossés d’écoulement entre minuit et 4h du matin, à bord de ce grand bus coréen si moderne qui rebondit vaillamment…on a un peu l’impression d’être en bateau dans une tempête ! ( dit la grande navigatrice que je suis).
Petit arrêt au grand air pour remettre tout le monde de ses émotions de la nuit ( enfin surtout nous, les mongols eux, semblent être le moins surpris du monde) sur l’aire de service qui a plutôt de la gueule dans ces coins aux allures de parcs nationaux.

De passage à Mörön, c’est la pluie qui nous accueille. À travers les vitres du bus, nous aurons l’occasion d’observer de loin la course de chevaux du Naadam d’ici, qui a lieu dans le coin fin juillet ( décidément, il aurait fallu qu’on se renseigne un peu mieux sur les dates des différents Naadam de Mongolie, mais vraiment, y a rien de simple hein !). On repère à travers les gouttes les concurrents, des gosses de 8 ou 10 ans, montés sur leurs coursiers fraîchement rasés, fièrement accompagnés de leur coach sportif, douchés par la pluie dans la vaste steppe. Ça donne encore envie de revenir dans le coin pour mieux voir ça, ces histoires là…
Le bus nous dépose finalement à Khatgal, au Sud du lac Khovsgol, sous une pluie battante. On se réfugie vite fait bien fait dans un camp de yourtes fortement recommandé, qui arbore depuis une semaine des toilettes sèches avec aération et fleurant bon le bois fraîchement scié, et des douches chauffées au poêle à bois : autant dire le grand luxe !Un grand feu de cheminée réchauffe la salle commune : rien de tel pour se poser et prévoir les étapes à venir dans le coin.
On commence par explorer les environs malgré la pluie, et tenter d’apercevoir la Perle Bleue, plutôt Grise aujourd’hui, depuis les hauteurs de Khatgal. On est pas si loin du lac Baïkal, à bien y regarder, ici, aux portes de la Sibérie, où les troupeaux de yaks parcourent les rues sans soucis, et où les chiens tiennent tous plus de loup que du labrador…

Le soleil à nouveau levé, nous partons pour quelques jours nous rapprocher des eaux turquoises du Khovsgol, à base de 2 jours à cheval et le reste à pied pour le retour.

Il faut croire qu’on tombe plutôt mal avec le guide qui nous accompagne, celui-ci nous laissant à peine à 20km de Khatgal après 2 jours de cheval, majoritairement au pas. Il a fallu insister pour galoper sur la plage, autant dire que j’en étais personnellement à un point de bouillance extrême. Heureusement que le galop a été bon !
On arrive le deuxième jour sur les bords du lac desservis par la « route », carrossable en Toyota Prius ( et ainsi donc, accessible aux deux tiers de la population mongole). Ce côté du lac a été entièrement investi par les camps de yourtes pour offrir des congés bien mérités à tous les habitants des villes de Mongolie ayant quitté leurs steppes. C’est un peu la Costa Brava du coin, version yourtes et tipis. Autant dire qu’on apprécie pas trop l’ambiance … Ah les affres du tourisme de masse. Même en Mongolie, pays si peu peuplé, ça fait des ravages.
Et même les yaks viennent profiter de la plage à cette saison, c’est dire à quel point c’est mainstream de se prélasser au soleil par ici.

Heureusement il reste quelques spots de bivouac préservés de ces innombrables camps de vacances, où l’on apprécie le calme et la clarté de l’eau, que l’on peut boire à même le lac sans soucis, ce qui est plutôt ultra plaisant 🙂 retrouver un peu de liberté, sac à dos, tente et réchaud embarqué, carte à la main, cela n’a pas de prix !

Sur la rive Ouest où nous sommes, on trouve donc de quoi s’occuper les gambettes avec quelques beaux cols et sommets oscillants entre 2 et 3000m d’altitude. On s’attachera à en gravir un afin d’admirer la Perle Bleue de là haut, avec les aigles et quelques touristes débarqués par les bons soins d’un van UAZ, superbe fleuron de l’industrie automobile russe du siècle dernier.
Le pétrole ou les nouilles instantanées, à chacun son carburant après tout… Et oui, d’accord, l’ascension était dure, mais cela me procure toujours ce petit plaisir une fois arrivée en haut, que de pouvoir regarder les gens motorisés avec une pointe de fierté mal placée :).

Une nuit de bivouac plus tard, il est temps de prendre le chemin du retour à pied et de traverser quelques vastes – trop vastes – steppes à pied avant de rejoindre Khatgal. Bon sang qu’on serait mieux à cheval, que j’me dis !
Petite pause dans le « centre » (c’est à dire l’espace goudronné devant 4 supermarchés aux abords de l’unique route asphaltée traversant Khatgal), où nous commençons déjà à réfléchir à la suite de nos étapes en Mongolie pour nous rendre vers l’Altaï, et là, alors qu’on vient de refuser successivement 2 taxis à 20 000 tugruks pour retourner à Mörön: « May I ask you a question ? »
Mais quoi ? Qui nous parle anglais avec une voix de petite fille toute mignonne ? On ne veut rien nous vendre cette fois ?Eh bien non, 2 jeunes filles ultra souriantes de 10-11 ans nous abordent, smartphone en main, et nous posent à chacune une série de questions apprises en cours d’anglais, filment l’interview et notent nos réponses dans un carnet. Grosse grosse touche de mignoneté. Tant d’assiduité pour les devoirs de vacances, ça a de quoi donner espoir de pouvoir communiquer en anglais d’ici quelques années à travers le pays !

La route de retour vers Mörön, nous l’effectuerons sous un beau soleil, rien à voir avec le temps à l’aller. À travers les vitres du monospace familial qui nous a pris en stop, le paysage défile, chaque vallée plus belle que l’autre, parsemées de yourtes, de troupeaux gardés à cheval, et de larges rivières… Hyper cliché, mais tellement beau.. Radio mongole à fond, vitres ouvertes, gâteaux maisons offerts pour le trajet …Rouler en Mongolie, c’est déjà un voyage et un régal pour les yeux.

Même l’arrivée sur Mörön, la « grosse » ville du coin, à de quoi fasciner. Dans ces espaces si vastes, la succession de cabanes et quelques immeubles qui composent l’ensemble urbain semblent bien dérisoires au creux de la vallée. Et c’est plutôt plaisant à constater 🙂
Prochaine étape pour nous après UB, l’Altaï côté mongol avant de basculer vers le Kazakhstan mi-août.Encore le temps d’engloutir quelques Khuushuurs sur la route, et ça c’est une bonne nouvelle!
Mais si, vous savez, les Khuushuurs… Les panzerottis, du coin… Fourrés au mouton donc :)!