C’est de la sagesse populaire mongole que vient ce dicton, et c’est peu de choses que de dire qu’on en a tâté !
2 semaines de « pause » à l’Anak Ranch à Orkhon nous en aurons fait voir de toutes les couleurs, et si on ne savait pas trop à quoi s’attendre, du moins aura-t-on appris tout un tas de trucs de type agricoles, à commencer par l’humilité face à l’éprouvant rythme de vie imposé par le fait de tenir un ranch.
Après quelques heures de bus depuis Oulan-Oude, 2 contrôles successifs d’1h chacun à la frontière russe puis mongole (décidément qu’est-que-c’est relou de voyager par la terre avec toutes ces frontières, et encore en bus on s’en sort mieux qu’en train paraît-il), on se fait gentiment déposer à la ville de Sukhbaatar, devant un pseudo centre commercial abritant au moins un distributeur de billets. Nos premiers milliers de « tugruks » en main, c’est parti pour trouver un moyen de transport pour atteindre Orkhon.
Le hic, c’est qu’à 25 km à peine de la frontière russe, personne ne blablate ni russe ni anglais et le mongol n’était clairement pas au programme de nos révisions… On finit par tomber sur un taxi à qui on montre la capture d’écran de la géolocalisation d’Orkhon#gaérienne (nos cartes SIM russes ne fonctionnent plus ici et les tarifs de navigation sur Internet avec nos cartes SIM françaises sont au-delà de l’indécence).
On saupoudre nos efforts de communication d’un peu de signes de main et de billets de tugruks soigneusement comptés, brandis devant le chauffeur pour « négocier » le tarif et paf! Nous voilà parties pour Orkhon. Le taxi nous dépose à l’embranchement avec la route principale, on commence à marcher sur la longue ligne droite à 17h, 6km à faire maximum… On se dit « easyyyyy! » Mais on lève bientôt le pouce dès qu’une voiture se pointe à l’horizon, ce qui reste une événement assez rare dans le secteur.
Heureusement, un jeune mongol bien souriant nous emmène jusqu’à la banque d’Orkhon, où on finit par se décider à rentrer (quoi que je ne sache toujours pas ce qu’il y a de rassurant à entrer dans une banque, m’enfin !). Après un joyeux « San Bainour » lancé à la cantonade, on demande « Minjee? », en se disant que tout le monde la connaît ici. Après quelques essais laborieux de prononciation mais surtout de grands éclats de rire avec les guichetières, on finit par nous tendre un téléphone portable, et comme par magie, voilà Minjee au bout du fil. Une heure plus tard, débarquées au ranch et pile à l’heure pour l’apéro !

En ces temps de Naadam donc, on espère fortement pouvoir apercevoir quelques épreuves de lutte, de tir à l’arc, de courses de chevaux ou n’importe quoi d’autre de bien festif et bien traditionnel. Sauf que globalement, à la campagne, le Naadam, ça a lieu une semaine avant celui d’Oulan-Bator. Ça commence donc à sentir un peu l’échec cette affaire… Ça vire carrément au vinaigre le lendemain quand on se met à désherber un grand champ de concombres, à la main, sous un soleil de plomb, 4h le matin et 3h l’aprèm. C’est pas tout mais les concombres bio, c’est que ça se mérite !

2 jours de désherbage plus tard, on finit par apprendre qu’en fait, il y a aussi un Naadam à Darkhan, à 50km au Sud d’ici. Super, qu’on se dit ! Ni une ni deux, on t’y débarque le soir en pick-up, après la journée de travail pour profiter du spectacle et autant dire que s’il y a bien une image du Naadam qu’on ne se faisait pas, c’est bien celle-ci :

Raté pour les chevaux crinières au vent et les lutteurs en slips rouges ou bleus donc !
On passera néanmoins une soirée bien festive à Darkhan, digne d’un 14 juillet français mais sans feu d’artifice. Force est d’admettre qu’on devra revenir du coup, et dès le début du mois de juillet, si on veut voir le Naadam un jour…
En attendant, tout ce qu’on peut dire, c’est qu’on se sera pas tourné les pouces, à l’Anak ranch, comme on dit.
Les jours sont rythmés l’été par la traite d’une quinzaine de vaches, 2 fois par jour. Les volontaires y vont deux par deux et dorment dans une yourte sur place, selon un roulement soigneusement défini, la traite du matin commençant à 6h, ce qui nécessite un lever à 4h30-5h afin de réveiller et rassembler mesdames ces vaches puis les attacher ensemble pour traire ensuite au grand air.

Alors évidemment on s’essaiera à extraire quelques centilitres de lait chaud des pis que dames ces vaches veulent bien nous prêter plutôt que de les laisser à leurs veaux, cependant on est environ 20 fois moins efficaces que Minjee et c’est donc elle qui opère la plupart du temps.
Chaque visite est l’occasion de s’occuper aussi des petits veaux, qui sous leurs airs si mignons, sont en fait de véritables petits caïds mesquins capables du pire, pour vous faire courir après eux des heures durant dans la steppe ou ne perdant pas une occasion de vous larguer une belle dose « d’herbe digérée » sur les pieds quand vous essayez de les soutirer aux pis de leur maman pour le ptit-déj.
Force est d’admettre que je n’aurai jamais marché dans autant de bouse de ma vie, à différents états de fraîcheur. Tout un tas de joyeuses occupations sur ces mignonnes bestioles donc.

Le reste du temps, nous le partageons entre les tâches quotidiennes de ménage et de cuisine bien sûr, notamment faire du pain, mais aussi en cette saison de fabrication de tous les produits dérivés possibles du précieux lait collecté chaque jour.
La crème, le lait fermenté « à boire » et la liqueur de lait sont au programme. Le beurre, ce sera pour le mois d’août quand le lait sera plus gras. Le « yaourt » est fabriqué afin de pouvoir l’utiliser ensuite pour faire cailler le lait en quantité et produire en masse ce fromage si cher aux mongols :


Tout se passe bien dans ce process de fabrication de fromage jusqu’au moment où l’on constate que l’affinage ici se fait à la dure, à base de soleil et de vent, sans sel ni épices, dans de grands bacs laissés en plein air autant de temps que nécessaire. Gare aux dents fragiles par la suite, en couper un morceau est un véritable test de capacité à survire en Mongolie. Il paraît que c’est grâce à ce genre de produits que les braves guerriers de Gengis Khan ont pu voyager loin et longtemps sans s’encombrer de vivres et de logistique lourde sur de longues distances. Du mauvais fromage pour conquérir le monde, telle était donc la recette à l’époque… Stylé.
Outre les produits laitiers, pendant notre séjour ici, il est aussi question de viande.
Un bœuf sera abattu, afin de remplir le congélateur pour quelques semaines, et nourrir tous les volontaires affamés par une journée de travail. Chaque plat ici est agrémenté de petits morceaux de viande, faciles à mâcher et longuement bouillis (il n’y a jamais de couteau à table, et jamais on ne mange la viande en grandes pièces comme en Europe par exemple). Si l’on n’assiste pas à l’abattage de la bête, on participera néanmoins à la découpe de cette montagne de viande rouge plus que locale, qui nous arrive au ranch à l’arrière du pick-up de Minjee en kit de 5 énoooooooooooooormes morceaux, têtes et pieds exclus. Et ici, on apprendra notamment que se fabrique de la saucisse de bœuf en récupérant les morceaux de maigre et les intestins que l’on retourne et lave soigneusement avant de les garnir. Les abats sont consommés en premier, ainsi aurons-nous l’honneur de goûter du foie, de l’estomac mais aussi du cœur, plus frais que frais !

Et oui, être végétarien en Mongolie, ce serait toute une histoire, et pour ainsi dire, la viande ainsi élevée et consommée n’a pas grand chose de bien similaire avec celle que l’on trouve chez nous dans nos rayons.
Heureusement, il y a aussi nombre de légumes cultivés dans le secteur, et autant dire que nous avons pu les voir chacun, individuellement, de très près. On dénombre difficilement les heures passées penchées sur les rangées de carottes et de concombres poussant dans la terre sableuse. Le dos courbé et sous un soleil de plomb, nous passerons experts dans l’arrachage d’herbe mauvaise, de ramassage et mise en sac également.
Une chose dont je suis sûre maintenant, c’est que l’enfer est pavé de bonnes intentions, mais certainement aussi de rangs d’oignons. Ce travail était super éprouvant pour nous car de fait, nous sommes peu habitués à ce genre de tâches relativement physiques, sous la chaleur et pendant de longues heures à effectuer une tâche identique et pour ainsi dire peu enrichissante. Cependant cela a constitué une belle leçon d’humilité, surtout les fois où nous travaillions aux champs avec les locaux, qui semblent eux, tout à fait infatigables et à tout âge. On finit la journée souvent crevés, mais fiers de nous, et on savoure bien la bière ensemble ensuite, cela va de soi.

Mais enfin, nous aurons le plaisir de constater sur les derniers jours que nous sommes bien dans un ranch, c’est à dire qu’il y a un bon paquet de chevaux dont il faut s’occuper 🙂 Voire les monter, quand il faut notamment sortir les petits veaux de l’enclos, les laisser brouter et se dégourdir les pattes toute la journée sans qu’ils ne rejoignent leur mère.

Autant dire que tout se passe bien la première heure, ultra refaite que je suis de fièrement parcourir la steppe juchée sur un cheval, jusqu’à ce que le groupe de caïds de p***** de veaux décide de se scinder en deux et là paf, je perds absolument le contrôle de la situation : la moitié du groupe d’ados court retrouver le reste du troupeau à l’autre bout de la vallée, pendant que je peine à maintenir le reste de l’autre côté de la rivière… Bérésina totale au bout de deux heures. Pourtant les consignes étaient simples : tu les laisses bien séparés de leurs mères !
Bref, on passera bien 3h le soir même à ramener tout ce beau monde vers l’enclos puis à séparer chaque chenapan de veau de chaque maman pour la nuit, à grand coups de cris et d’intimidations à base de « je te domine du haut de mon cheval, ô toi, misérable ! », ce qui fonctionne de façon plutôt aléatoire. Mais c’était quand même une sacrée bonne journée de gros gros kiff passée à pourchasser ces petits malins à travers la steppe, et tenter d’exercer mon autorité d’Homo Sapiens sur la race bovine.

Enfin, on finit ces quelques jours en beauté car il est grand temps d’administrer le vermifuge aux chevaux. Pas la même limonade qu’avec les veaux. Ambiance Far East quand les grandes portes du ranch s’ouvrent et que les troupeaux débarquent au galop, étalon en tête avec les crinières les plus longues jamais observées, et toute une farandole de poulains et pouliches qui se filent de grands coups de sabots, comme ca, pour le kiff (et c’est aussi hyper kiffant de les regarder faire, j’avoue …).

Le spectacle commence ensuite, une fois tout ce beau monde parqué dans l’enclos. C’est parti pour une session lasso/entraves/couche-moi-ce-cheval-par-terre-Nom-de-nom !


Et ça se relève fissa pour repartir ensuite au grand galop, tellement paniqué que ça fonce parfois droit dans les barrières quitte à s’ouvrir de belles cicatrices… Et ça donne autant de boulot aux volontaires pour réparer la barrière ensuite 🙂 Du sacré spectacle en tout cas ! Au top du top.
Reste après à en apprivoiser certains pour leur faire accepter selle et bride puis cavalier…

Et tant de choses apprises et vécues encore, en quelques jours… certainement de ces souvenirs qui rejailliront plus tard avec d’autant plus de vigueur quand ils seront contrastés par le retour à la vie occidentale, en ville.
Et dire qu’il a fallu aller jusqu’en Mongolie pour apprendre à traire une vache ou tenir un veau…