Et bah voilà, ça y est… Nous voici arrivées en Sibérie Orientale, à quelques pas des rives du lac Baïkal, la mer sacrée de Russie !
La magie du transsibérien a donc opéré… Au terme de 4 jours de train, nous sommes maintenant à la même longitude qu’Oulan-Bator, mais aussi Bangkok ou encore les premières îles indonésiennes et avons donc dépassé la Turquie, l’Iran, le Kazakhstan, l’Inde… Moscou et l’Europe semblent déjà bien loin !

Arrivées à la bonne gare à Moscou (il y en a au moins 6 en tout), derniers checks pour être bien sûres de s’embarquer du bon côté du pays-continent : on est sur la ligne Moscou-Tchita, sauf que dans la gare, nulle carte et point de wifi. On vérifie donc à l’ancienne, c’est-à-dire à l’instinct et aux méninges !
Après un rapide contrôle de nos billets et passeports, on s’embarque dans le ventre d’un placide dragon de fer qui va serpenter doucement sur des rails posés selon la volonté des différents « conquistadors » russes s’étant succédés depuis la seconde moitié du 19ème siècle.
La ligne a d’abord été conçue dans l’idée de permettre à l’Empire de Russie de conserver son rang parmi les puissances mondiales de l’époque, avec pour objectif notamment d’endiguer le développement des rivaux britanniques depuis l’Inde colonisée : la Sibérie devient le territoire à aménager et exploiter pour des matières premières utiles à l’industrie naissante (pétrole, gaz, charbon, minerais… le combo gagnant bien connu). Des millions de roubles ont donc été investies ( et des milliers d’ouvriers ont trouvé la mort accessoirement) afin de renforcer et maintenir les positions de l’Empire Russe dans ce secteur des plus vastes et hostiles s’il en est. Seul un tsar, Alexandre III, viendra pourtant jusqu’à Irkoustk voir le Baïkal de ses propres yeux.
Nous ne parcourrons « que » 6000km le long des rails russes, dont le réseau est le deuxième plus important au monde après celui des Etats-Unis. Au fil des paysages, on imagine à quel point la construction d’un tel ouvrage a constitué un vrai défi pour l’époque : les obstacles naturels ne manquent pas, les régions traversées comptant d’innombrables marécages. Il a notamment fallu traverser la chaîne de l’Oural et contourner le lac Baïkal, qui avaient tous 2 eu la bonne idée de se placer sur le trajet…
La lenteur de la progression de ce grand dragon nonchalant qu’est le transsibérien nous permet d’apprécier l’histoire des villes traversées : Iekaterinebourg d’abord, où ont notamment été assassinés le dernier tsar et sa famille en 1918 par les bolcheviks ; Tioumen, où la dépouille de Lénine (mais pas son cerveau, détail charmant, n’est-ce pas) été secrètement conservée à l’abri des nazis pendant la Seconde Guerre. Viennent ensuite la ville d’Omsk et ses réserves pétrolières d’envergure, Novossibrisk ensuite, considérée comme la capitale actuelle de la Sibérie et troisième ville de Russie de par son importance, puis Krasnoïarsk « la belle rouge » et enfin Irkoustk.

À bord, la vie s’organise le plus naturellement du monde. Chacun se voit attribuer un surmatelas de type futon et un oreiller bien moelleux ainsi qu’un jeu de draps (gare aux radins qui décochent la case « Oui je veux des draps ! » lors de la réservation. C’est hyper mal perçu par les gens et la « provodnitsa »#chefdewagon#mamandutrain#ouiaumatriarcat!).

Toute la classe populaire russe sort alors ses plus beaux habits de chill, chacun dans son style (pas de short d’ultimate, je suis hyper déçue) et pantoufles au pied, c’est parti pour plusieurs jours au rythme du roulis du train qui ralentit parfois au beau milieu de nulle part afin de laisser passer d’interminables trains de fret qui transportent des denrées merveilleuses alimentant le développement de nos modernes civilisations, notamment du charbon par centaines de tonnes en containers. La Russie, ce pays qui est si grand qu’il a sûrement signé l’accord de Paris en se disant : ma foi, au pire, nous, on a de la place dans la taïga si ça tourne mal…

Dans notre wagon de 60 places, nous avons pu dénombrer au total sur notre trajet environ 20 grand-mères, 5 bébés en bas âge, 12 jeunes filles de 8-10 ans, 5 grands-pères, 3 garçons de 8-10 ans, 4 chiens dont un Yorkshire et un caniche et pas un seul autre backpacker ou touriste (petite fierté personnelle du voyageur égocentré qui pense faire un truc unique). La liste est non exhaustive.
Tout le monde est hyper calme à bord, à commencer par les gosses qui se frappent l’équivalent de 20 Lyon-Marseille sans broncher et presque sans IPad. Si seulement on pouvait en prendre de la graine par chez nous Nom de Nom!
À peine partis de Moscou sur le coup des 13h, tout le monde fait son lit et hop! sieste générale. L’atmosphère incite au chill ++ dans ce monde douillet en permanent mouvement. La certitude d’arriver à destination, mais pas trop vite non plus incite clairement au repos. Je m’y sens environ 10 000 fois mieux que dans un avion, cela va sans dire. Il y a bien sur le fameux « samovar » salvateur à chaque début de wagon : réserve d’eau bouillante pour ne jamais ô grand jamais manquer de thé (ou de Yum-Yum).

On se ravitaille avec plaisir dans les différents arrêts de gares pour les repas du soir, le train s’arrêtant parfois 30min d’affilées dans certaines stations. On s’essaye au Russe avec nos voisines de couchettes. Ça marche semi-bof honnêtement, le guide ASSIMIL a ses limites et nous les nôtres ! Ça fonctionne vraiment mieux avec nos voisins de table d’un soir, 2 khirghiz qui nous parlent avec des mots beaucoup plus simples. « Kuda Voui? » « Moui Vladivastaka » (« Où allez vous ? » « Nous allons à Vladivostock »). Eux vont jusqu’à Vladivostock bosser quelques mois pour Gazprom, le géant russe du gaz. Et nous, on trouve ça drôle de prendre le train plutôt que l’avion et on part profiter de l’Asie Centrale. Et on bosse dans l’éolien. Rencontre entre 2 mondes. On se sent un peu piteuses.
En tout cas, si c’est pas toujours simple de comprendre ce qu’on nous raconte, on prend doucement confiance, mot après mot. On parle quand même beaucoup avec les mains, on va pas se mentir. On en est sur un bon A2. Mais on progresse, on progresse… 🙂
On traverse chaque jour un fuseau horaire, ce qui nous procure un doux changement vers le décalage de +6h par rapport à la France. Chaque jour on perd une à deux heures, ce qui rend les journées de voyage d’autant plus courtes. Héhé, ce qu’on est malines !
Nous voici donc prêtes à nous remettre du « mal de terre » après avoir abandonné notre hôtel flottant au style tout Miyazakiesque. C’est parti pour une reprise de contact avec le grand air sur les rives de la Mer sacrée de Russie.
